Astuce psycho : Etre égoiste, mais un égoiste éclairé !

Oui, vous aurez la vidéo d’une petite fille qui découvre la pluie pour la première fois, parce que comme tout le monde le sait, ce genre d’articles s’accompagne d’une image du bonheur et que les photos de nanas qui font du yoga ça me sort par les trous de nez à moi qui ai la souplesse d’une planche en bois.

Je trainais sur facebook ce matin et suis tombée sur un contact qui partageait cet article : « L’obsession de se faire passer en premier », je cliquais pour être vite déçue devant une critique du développement de l’égo, qui finalement n’a pas tort, effectivement ce qui est critiqué ici n’est clairement pas bon, mais qui en réalité est une critique à qui il manque une explication. Ce qui n’est pas bon ce n’est pas de se faire passer en premier, c’est de le comprendre de cette manière.

Je ne pensais pas trop faire d’article en lien avec mon métier de thérapeute ici, mais finalement, pourquoi pas, parce qu’après tout, le discours que je vais tenir ici je l’ai systématiquement plusieurs fois par jour, une grosse part de mon boulot consiste à apprendre aux gens à être des égoïstes éclairés épanouis.

Commençons par un principe : l’être humain est égoïste, il est égocentrique. Ça n’a pas à être un défaut étant donné que nous sommes tous comme ça. En revanche il y a une grosse différence entre le savoir et le comprendre et l’ignorer.

Un être humain pense à lui d’abord, nous sommes incapables de faire passer quelqu’un avant nous. Allons plus loin même dans la provoc’ : nous sommes incapables de faire quoi que ce soit pour les autres. Quand je pense aux autres, navrée, mais c’est encore JE le sujet, c’est JE qui pense. Si ma pensée peut aller vers les autres, reste que je suis le premier filtre qu’elle traverse.

Loin des films hollywoodiens qui portent fièrement l’étendard du sacrifice, le véritable sacrifice qui sera de faire passer les autres avant soi : ça n’existe pas. Et prenons pour preuve l’exemple le plus parlant jamais rencontré, un rôle dans lequel vous ne vous reconnaîtrez peut-être pas, mais qui vous parlera parce que vous vivez dans la même société que moi : Être parent (et mère encore plus particulièrement).

Notre société a posé une base fondamentale à la maternité : une mère doit penser à ses enfants avant de penser à elle. Presque toutes en sont d’ailleurs persuadées, sauf qu’en réalité : c’est un GROS MENSONGE.

Comprenons d’abord une notion simple : l’être humain pour créer une conception de quelque chose dans son esprit a besoin de comparaisons et de connexions. C’est à dire que pour connaître la moindre chose il faut que quelque chose qui ne soit pas ça existe aussi et c’est encore mieux pour créer une conception que quelque chose qui ne soit pas ça mais qui partage pourtant des points communs existe. C’est ce qui fait que la notion de chaud existe parce que la notion de froid existe, c’est facilement comparable parce que ça rentre dans quelque chose de similaire (température) mais en même temps c’est complètement différent. De la même manière le haut existe parce qu’il y a le bas, le doux parce qu’il y a le rugueux, etc… C’est pareil finalement avec les choses plus complexes, comme nous-même. Un être humain pour comprendre qui il est a besoin des autres. Ils sont humains comme moi, mais ils ne sont pas moi puisqu’il y a des différences flagrantes qui justement vont me faire comprendre moi, qui je suis.

L’autre se pose en miroir face à nous. A travers l’autre nous nous renvoyons une image de nous même. Cette image peut revenir de façon positive, c’est super, on se valorise ainsi à travers les autres, ça fait du bien… ou négative (c’est tout de suite moins agréable). Donc soyons honnête, nous avons donc tous intérêt à ce que l’image que nous nous renvoyons à travers les autres soit positive.

Dans mon exemple ça veut dire qu’une femme qui devient mère le fait très égoïstement parce que cette nouvelle relation à un enfant va lui renvoyer une certaine image d’elle qui peut potentiellement être très positive. Déjà d’une part simplement par le regard qu’un enfant pose sur elle : elle est grande, forte, intelligente, belle, elle est Dieu (combien de mères ont malheureusement besoin d’un enfant pour enfin avoir un tel regard sur elle). Mais aussi par l’image qu’elles vont renvoyer  ceux qui sont moins crédules : l’image d’une bonne mère. Savoir que je suis une bonne mère, voilà quelque chose de valorisant et qui va me faire beaucoup de bien. Mais oui ! C’est bien pour moi ! Maintenant le bonus c’est que le critère qui fait de moi une bonne mère c’est d’avoir des enfants heureux et épanouis, donc finalement ce que je vais faire pour moi, va faire du bien aussi aux autres.

SAUF QU’ÊTRE UNE BONNE MÈRE C’EST FRANCHEMENT UN TRAQUENARD ! A lire : l’article de Béatrice Kammerer sur slate : « Nous sommes des menteuses de mères en filles » parfaitement éclairant sur mon propos et démontrant bien ce que je vais dire ensuite.

Beaucoup de mères ayant beau dire qu’il s’agit du plus beau métier du monde, je n’en ai jamais rencontrée une seule qui n’ait pas eu envie à un moment ou à un autre de balancer leur gamin par la fenêtre. Prenons les premiers mois de vie d’un enfant : un bébé demande de l’attention quasi H24. Jamais personne n’a eu une telle expérience d’investissement. Autant dire que la fatigue s’accumule très vite et toutes les mères la sentent rapidement. C’est là que va se poser la différence entre la mère qui est une égoïste éclairée et celle qui ne l’est pas.

Je grossis les traits mais finalement à peine : La mère non-égoïste éclairée sent cette fatigue mais se dit qu’elle n’a pas le choix, qu’elle doit « être une bonne mère pour son enfant ». Alors elle continue à faire ce qu’elle faisait, c’est à dire à se fatiguer. Cette fatigue va donc rapidement se transformer en épuisement, puis en frustration, en énervement, peut-être même en colère. Elle va se pousser à la faute, un jour elle va hurler sur son enfant qui hurle parce qu’elle n’en peut plus par exemple. Mais même sans aller jusque là, tous ces ressentis ne sont pas positifs, cela ne lui fait pas du bien, et soyons honnête ça n’en fait pas plus à son enfant qui va bien entendu sentir et grandir avec toute cette tension. Bizarrement plus cette mère essaie d’être une bonne mère, moins elle y arrive.

Et pour la mère égoïste éclairée que se passe-t-il ? Elle aussi se fatigue, en prend conscience, mais elle n’accepte pas. Elle a compris que si elle voulait être une bonne mère, c’était d’abord pour elle, pour aller bien. Or là, elle ne va pas bien, elle est fatiguée. Elle ne peut pas continuer à aller chercher du bien être d’une façon qui lui apporte du mal-être, ça n’a aucun sens !

Alors celle-ci va chercher d’autres solutions. Elle va forcer la parité « tiens, prends ton enfant aussi ! », les parents, grands-parents, nounous, etc. En fait celle-là va clairement trouver des solutions que l’autre est persuadée qu’elles n’existent même pas ! Elle va s’autoriser des sorties, oui, quand les copines vont l’inviter à aller boire un verre, elle va dire oui et à la table d’une terrasse, si cela représente du bien être pour elle. Elle a compris que ce qui fait d’elle une bonne mère c’était d’avoir des enfants épanouis, mais qu’en réalité ça n’implique pas nécessairement qu‘elle en soit la cause, que d’autres peuvent aussi faire ça pour ses enfants (avec la prise de conscience néanmoins qu’elle fait partie du tableau puisqu’un enfant sera probablement moins épanoui s’il ne crée pas un lien avec elle, donc elle ne sera pas une mère absente pour autant).

Pendant les trois heures où elle est avec ses copines, oui, elle ne s’occupe pas de sa progéniture, elle a perdu en quantité, elle s’en occupe moins. Mais vu qu’elle revient surement plus reposée, elle va gagner en qualité et quand elle s’en occupera elle pourra s’en occuper mieux. Dans ce tableau certes un peu simpliste, mais comment ne pas l’être dans un tel article, elle s’en sort bien mieux que la première mère dont je parlais… et ses enfants aussi ! D’ailleurs c’est peut-être le meilleur exemple qu’elle peut donner à ses enfants, de prendre aussi soin d’elle parce que je ne doute pas que c’est ce qu’elle veut pour eux.

Finalement être un égoïste éclairé ça fait du bien à soi, mais aux autres aussi. Si nous étions tous des égoïstes éclairés le monde ne s’en porterait pas plus mal. Parce que finalement être égoïste c’est aussi avoir compris qu’à travers les autres on peut se renvoyer une mauvaise image de soi et que ce n’est pas dans notre intérêt. Nous avons tous envie de pouvoir nous dire que nous sommes quelqu’un de bien et pour permettre ça, les autres font partie du tableau.

Oui, il est important de comprendre que la finalité de toutes nos actions : c’est MOI. De se mettre effectivement au centre de sa vie. Ça ne fait pas de nous de mauvaises personnes. Mère Thérésa lorsqu’elle était qui elle était le faisait très égoïstement en conscience ou non, mais elle était poussée à faire le bien parce que cela lui faisait du bien, quelle valorisation cela devait être pour elle de participer à un monde meilleur (en plus d’une place au paradis qu’elle s’achetait par la même occasion). Quelle importance de faire le bien égoïstement si justement ça fait du bien ?!

Mais ce n’est pas tout, cela va plus loin. Si je suis un égoïste éclairé je ne peux pas reprocher aux autres de l’être aussi. Un être humain finalement n’obéit qu’à deux choses : la recherche du plaisir et l’évitement de la douleur. Jamais personne n’ira à l’encontre de ces deux notions pour vous. Mais oui, vous entrez dans la balance des autres aussi, vous pouvez leur renvoyer une image d’eux même, positive ou négative et eux aussi n’ont pas intérêt à ce que ce soit négatif, donc vous avez une influence sur ce qui est pour l’autre la recherche du plaisir ou l’évitement de la douleur. En revanche  ce qui le fait agir c’est une finalité personnelle et vous ne pouvez pas lui reprocher de s’y plier alors que vous faites la même chose. (Vous n’êtes pas obligé d’accepter que ça ailler à l’encontre de vos deux besoins en revanche.)

Être égoïste éclairé c’est aussi être beaucoup moins dans l’attente du retour de l’autre. Je sais que lorsque j’ai dit « oui » à Robert pour l’aider à déménager ce n’est pas tellement pour lui mais d’avantage pour moi que j’ai accepté, car cela faisait de moi, une bonne amie, une image plutôt agréable que je me renvoie à moi même et un statut dont je sais aussi que je pourrai profiter. Robert ne me doit donc rien. Combien de personnes se démènent pour les autres en constatant que le jour où ils ont besoin de ces autres plus personne n’est là ? Si je suis égoïste éclairé et que Robert ne m’aide pas à déménager comment réellement lui reprocher ? Je l’avais aidé pour être quelqu’un de bien, et bien je l’ai aidé à déménager donc je suis toujours quelqu’un de bien, personne ne m’a enlevé ce bénéfice. En revanche puisque ce retour de service rendu était potentiellement un des bénéfices que je peux tirer d’une amitié, je constate que je ne l’ai pas et je ne suis pas obligé de l’accepter (l’amitié). Je m’éloignerai probablement des personnes profiteuses lorsque le bénéfice d’être quelqu’un de bon, se transformera en être pris pour un con, qui ne sera surement pas à mon goût.

C’est même encore mieux. Quand on comprend que la finalité c’est nous, on se pose les bonnes questions, on prend un point de vue différent sur les choses. Notre balance interne va, comme je l’ai dit dans mon exemple avec les mamans, nous pousser à trouver des réponses qui n’existent même pas pour l’égoïste non éclairé.

Exemple : Robert (encore lui !) me demande de garder son chat deux semaines pendant qu’il part en vacances, sauf que moi je suis allergique aux chats, cela annoncerait pour moi deux semaines infernales. Mais Robert insiste il n’a pas d’autres solutions. Dans ma balance interne deux solutions sont à l’épreuve : d’un côté si je garde le chat j’en tire un avantage : je suis une super amie, à long terme je peux profiter de cette amitié, désavantages en revanche : deux semaines à pleurer, se moucher, se gratter etc. L’autre solution est que je ne garde pas le chat. Avantages : je suis tranquille pendant ces deux semaines. Désavantages : je suis une mauvaise amie et je perds potentiellement des bénéfices liés à cette amitié. Maintenant de quel côté penche la balance ? Nous n’avons pas tous la même. Pour certain la balance va pencher du côté de la première solution, pour d’autres du côté inverse et en réalité ça n’a pas tellement d’importance à partir du moment ou je comprends qu’elle doit pencher vers la meilleure situation pour moi. Si je choisis la première solution je ne vais pas me plaindre des allergies puisque si j’ai choisi cette solution c’est parce que les avantages de cette amitié me paraissaient beaucoup plus agréables que les désavantages de l’allergie me paraissaient désagréables. Cela va clairement m’aider à supporter les allergies puisque je sais que je suis quand même gagnante dans l’histoire. Si je choisis la seconde solution c’est pareil, je ne me plaindrais pas de perdre cette amitié, qui me semble aller à l’encontre de ma tranquillité, probablement je ne regretterais pas cet ami qui m’impose un problème qui était le sien (après tout il n’a qu’à pas partir en vacances, pourquoi ce serait à moi de pourrir les miennes).

Il n’y a plus de problème !… En fait si. L’égoïste éclairé lui a perçu que ces deux solutions ne sont pas les bonnes. La bonne solution c’est celle qui lui permet d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Il peut être un bon ami ET ne pas garder le chat. Il existe probablement des milliers de façons d’obtenir cela. Quelques exemples : je vais proposer à mes amis de garder le chat de Robert. En élargissant son cercle de connaissance je suis une bonne amie, et cela me permettra de ne pas garder le chat. Peut-être contrairement à Robert j’ai de l’argent, alors je lui propose de lui offrir la pension de son chat, je reste une super amie à proposer cela, mais je ne garde pas le chat. Ou encore car ces solutions impliquent peut-être (ou pas) aussi leur lots de questionnements, d’avantages et de désavantages, je peux choisir une solution qui me laisse avec des avantages entiers et qui minimisent les désavantages : pourquoi ne pas proposer à Robert de laisser son chat chez lui et de passer tous les jours, je suis toujours une super amie mais j’aurai clairement moins de réactions allergiques que si je gardais le chat H24. Je suis gagnante, mais Robert aussi, clairement plus que si j’envoie bouler notre amitié.

Je suis convaincue qu’un véritable égoïste éclairé fait beaucoup de bien autour de lui, qu’il a des rapports aux autres plus sains, que cela ne l’empêche pas de s’investir, de s’engager, avec eux. Je crois qu’il est le premier à en profiter mais qu’il n’en culpabilisera pas. Peut-être, surement, doit-il exister des arguments et des exemples qui vont à l’encontre de tout ce que je viens de dire, ce que je sais c’est simplement ce dont je suis témoin : aujourd’hui les personnes qui sont allées dans ce sens autour de moi en ont toutes profité. Alors oui, ça vaut peut-être le coup d’essayer d’adopter ce point de vue, même si cela peut demander quelques efforts et du temps, le temps d’apprendre à ce que cela se fasse avec naturel.

Tenté ?

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4 réflexions sur “Astuce psycho : Etre égoiste, mais un égoiste éclairé !

  1. J’ai exactement ce point de vue depuis toute petite. On m’a toujours rétorqué que j’avais tord, que l’égoïsme c’est mal et que « mais non je fais pas ça pour moi voyons je suis pas un monstre ! ». Je suis contente de lire que d’autres personnes partagent mon point de vue, et comme il est né spontanément dans mon enfance, je n’avais jamais eu les bons mots pour l’exprimer, alors je suis ravie de lire ça !
    Je crois que le mot « égoïste » est devenu beaucoup trop péjoratif, c’est même une insulte. Maintenant il est inconcevable pour les autres de ne serait-ce qu’imaginer que tout ce qu’on fait, on le fait pour soi, et que ce n’est pas mal, c’est juste naturel ! Et si ce qu’on fait pour soi sert aussi les autres, alors c’est tout bénef ! 😀

    Tu me permettrais de partager cet article sur mon blog ? (en copiant/collant le texte dans une citation et mettant un lien explicite + ce que le texte m’évoque comme réflexion ?)

    Aimé par 1 personne

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